“ J’aime aller dans les grottes pour sentir, pour voir, pour respirer le silence, la nuit, l’humide, le mouvement des sols et les plis des murs, les noirs. Pour y faire des croquis aussi. J’y vais pour partager un moment d’émotion avec ces vieilles peintures et gravures qui sont pleines de l’énergie de ceux qui les ont faites.  Il y a une liberté qui s’étire, s’étale, se renverse, s’entasse, un monde en mouvement, sans frontière, sans fin. J’aime l’absence de cadre, la liberté du dessin qui s’échappe dans le monde qui l’entoure. Quand je regarde leurs peintures, je retrouve la force de leur présence, de leur désir d’exister. Mais ce qui me semble le plus surprenant c’est de me sentir si proche dans la création de ces gens si éloignés dans le temps.”
RMC

Fruit d’un intérêt ancien pour la préhistoire devenu passion, c’est en 2009 que RMC entame sa remontée aux sources de l’art. Elle visite dans sa quête la plupart des musées de préhistoire et des sites encore accessibles en France, et recrée son univers graphique à partir des formes qui surgissent des parois de grottes.Le déclic se produit à Bernifal, près des Eyzies-de-Tayac, une grotte confidentielle dont la visite se fait avec un éclairage rudimentaire qui, sur les parois accidentées, donne vie à un monde fantasmatique. De ces reliefs, où les Magdaléniens avaient vu et dessiné des mammouths, des bisons, des chevaux, elle extrait les figures surnaturelles qui peuplent son imaginaire, bestiaire fantastique affranchi des conventions picturales, qu’elle transcrit dans ses dessins et ses peintures.
En 2010 et 2011, R.M.C. continue ses explorations de grottes, ornées ou non, ses recherches documentaires et ses expériences graphiques. Il en découle une série de dessins et peintures qui font la matière de plusieurs livres d’artiste, mode d’expression auquel elle se consacre alors pleinement.
2011 et 2012 sont l’occasion d’une série de résidences au Musée de Préhistoire de Lussac-les-Châteaux qui lui permettent de rentrer en contact direct avec un des trésors méconnus du Magdalénien, les pierres gravées de la grotte de La Marche, vieilles de 14000 ans, où elle puise une inspiration fertile. Son travail d’observation et d’intériorisation des pierres l’amène à produire, mêlant son trait à celui des graveurs, des dizaines d’œuvres au pastel, à l’encre de chine et à la gouache, des Pierres rêvées, qui seront ensuite exposées au Musée de la Sabline, à Lussac-les-châteaux, puis en 2014 à Bruxelles et en 2016 au Mans, au Musée Jean-Claude Boulard- Carré Plantagenet .
PC

Ombres de Bernifal

Les Combarelles. Grotte gravée des Eyzies-de-tayac. 14000 ans BP
C’était un trou noir avec des dessins de la tête aux pieds. Il faisait noir et les chevaux couraient sur une petite lumière. On allait vers le fond du temps. Combien de temps humide passé dans ce noir ? La tête repliée écoutait le silence, un silence d’eau qui coule.  Ce n’était pas froid, mais glacé comme une tombe joyeuse. On marchait en coquilles entassées avec juste nos pas dans la tête. Avant l’Histoire il y avait une histoire d’hommes debout, d’hommes humains qui marchaient ou rampaient dans la nuit. Des hommes qui rampaient pour peindre. La peinture avait gagné. La mort était morte.
RMC